Somira Écrire à Camille

Lexique

Des mots, pas des boutons

À table on parle peu, et toujours des mêmes cinq mots. Ce n’est pas un glossaire de plateforme. Ce n’est pas une liste d’indicateurs. C’est le vocabulaire de Somira : ce qu’on accepte de dire à voix haute, et ce qu’on refuse.

Si un mot ressemble à un ordre — « signal », « entrée », « take » — on l’écarte. Si un mot décrit une forme — bande, pause, retour — on le garde. Julien préfère une phrase maladroite et vraie à une formule copiée. Camille, dans le cahier, barre le jargon et laisse la phrase.

Bande

Ce qui est dessiné. Pas une cotation. On la décrit, on ne l’achète pas ici. Une bande a un plein et un vide ; on les nomme avant de raconter une histoire.

Pause

Un blanc dans le dessin. On la nomme. On n’en fait pas un signal. Une pause longue n’est pas « une opportunité » : c’est un blanc, et parfois on n’en dit rien de plus.

Retour

Quand la main revient sur une forme déjà vue. Récit, pas consigne. Un retour n’autorise pas une phrase du type « donc on reprend ».

Deux autres mots reviennent. Plein : l’intérieur de la bande, ce qui est marqué. Vide : ce qui manque, l’ombre, l’espace. On ne leur colle pas de chiffre. On ne les convertit pas en « force » ou en « faiblesse » à vendre. On les dit, on les écrit, on s’arrête.

Le lexique n’est pas un cours de français. C’est un filtre. Tout ce qui passe le filtre peut aller au cahier. Tout ce qui ne passe pas reste dans la poche, avec le téléphone.